Galeristes

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Ils sont Galeristes

Informations

La galerie est ouverte
du mardi au samedi, de 11h à 19h
et sur rendez-vous

6, rue Jacques-Callot
Fr – 75006 Paris

Portrait par Alexis Jakubowicz

Loevenbruck

Hervé salue les garçons du comptoir et pénètre dans la salle principale. Un homme au fond, se tient à la fenêtre. On entend la cuisine s'affairer pour midi et les habitués qui braillent aux corneilles. À Saint-Germain-des-Prés, ils fleurissent la journée au coin du bois usé par le temps et les vices des écrivains ratés. La Palette s'émerveille de les voir chaque jour tenter sans renoncer au bonheur de l'amour, de grimper le Mont Blanc qui saigne des ratures, mais qui les rend si beaux, les oiseaux d'imposture. La vie, la vraie, ne retient rien. Les gens, les rues, les façades et les gestes sont d'ici, bien d'ici, et Paris, tout autour, semble loin.

Hervé se met à table.

« Avant d'être galeriste, j'étais collectionneur. Mais avant d'être collectionneur, j'ai dû traîner quelque temps dans la finance et le multimédia, sur les autoroutes de l'information. Au début des années 1990, je développais à Montréal des relations d'affaires entre des entreprises françaises et nord-américaines qui s'intéressaient aux balbutiements de l'internet. J'étais prêt à faire tous les métiers du monde pour me permettre d'acheter de l'art. Et puis un jour je me suis dit qu'il y avait peut-être un raccourci. Ça ne m'allait plus de m'emmerder huit heures par jour derrière un bureau. Je suis rentré en France et pendant sept ans j'ai observé le marché. À l'époque, il y avait un petit bonhomme que tout le monde connaissait, qui s'appelait Stéphane Corréard. Il avait fondé à la Bastille en 1992 la galerie Météo, et devait codiriger plus tard la galerie Brownstone, Corréard & Cie. Un jour, en 2000, il m'a confié qu'il arrêtait. Je me suis dit : si le meilleur arrête, je peux y aller, la place est libre. Je ne serais sans doute pas devenu galeriste si Stéphane avait continué. Pourquoi ? Parce que je considère qu'il est le meilleur galeriste de sa génération et que ça ne sert à rien de se lancer sur un marché ultra-concurrentiel si les meilleures places sont déjà prises.

J'ai donc ouvert en 2001 à l'angle de la rue de l'Échaudée et de la rue de Seine, avec une exposition de Bruno Peinado. Je me suis installé à Saint-Germain parce que c'est là que vivent toutes mes passions : l'édition, les racines de l'art moderne et l'art primitif. Il n'y a qu'ici qu'on trouve encore de vieux marchands, de vieux stocks et de vieilles histoires. J'en ai besoin, je m'en fais conter tout le temps. Je ne pourrais pas faire ce métier sans cette proximité avec les gens qui ont vécu l'Histoire de l'art que j'aime. Ils sont encore là et bien vivants. À La Palette, on peut se faire dire au comptoir des histoires incroyables sur Gainsbourg et Bacon, se chauffer le gosier avec d'immenses artistes et collectionneurs. Il y a 20 ans, j'ai passé plusieurs jours à boire des coups avec un type qui s'appelle Jean Dupuy et qui, paraît-il, est artiste et poète... Et puis on croise ici les derniers bourlingueurs de l'art premier qui se sont pris dans l'après-guerre au jeu d'Indiana Jones et l'ont payé chèrement dans les îles africaines. Chez Jaeger-Bucher on te raconte de Staël comme si tu y étais, et lorsque l'on croisait Rodolphe Stadler, il y a sept ans encore, on se trouvait jeté du coin de la rue Callot à Vienne, avec les actionnistes. Même les anonymes, ici, donnent corps à l'histoire. Un jour, au café encore, on m'a présenté une avocate qui avait servi de modèle aux Anthropométries d'Yves Klein. On parle bien d'une des fonctions de l'art ; par le regard de tous ces gens, je touche directement des œuvres qui n'existent autrement que dans les livres.

Tout le monde a un rôle de passeur. Y compris les galeristes. Nous ne sommes que des intermédiaires et c'est pour ça qu'un salon comme celui de Stéphane doit trouver sa place. Une foire, ce n'est pas un lieu où l'on investit, c'est un lieu où l'on communique au sens noble du terme. On vient y dire et montrer qui l'on est. On vient y conter des histoires. Notre métier n'est fait que de ça. À Galeristes, j'apporterai donc des œuvres à tiroirs d'où l'on pourra extraire différentes narrations. Je n'ai encore rien communiqué parce que je ne sais pas dans quel état d'esprit je serai dans quelques jours. Mes équipes m'engagent à faire des choix depuis des mois, mais j'aime prendre le temps d'être pressé par les évènements. Il va peut-être se passer des choses la semaine prochaine. On a eu le Brexit, on a eu Trump. On a un referendum en Italie qui va peut-être foutre l'Europe en l'air. J'aurais envie de réagir à ces histoires. On ne peut pas aborder nos métiers qu'avec des projections par mètres carrés et des tableaux Excel, on ne s'y retrouve pas. En revanche, un jour, on aide une touriste perdue dans Saint-Germain-des-Prés, on lui donne sans y penser quelques adresses du quartier et la voilà devenue, sans plus d'effort, une fidèle collectionneuse. Il n'y a pas de règles. Les gens se livrent à nous quand ils veulent, où ils veulent. Parmi nos acheteurs, il y a des hommes et des femmes sur-sollicités qui n'ont jamais le temps de rien ; quand ils viennent nous voir, ils n'ont que 10 minutes et restent une heure. Entre La Palette et Le Mazarin, on est vraiment au cœur du rumsteck ; c'est parfois saignant, mais tendre souvent ». Portrait réalisé dans le cadre de Galeristes 2016

Expositions

Tetsumi Kudo & Key Hiraga, En affinité(s) #2, 2017 © Fabrice Gousset
Marcel Duchamp & Jean Dupuy, En affinité(s) #1, 2017 © Fabrice Gousset
Daniel Dewar & Grégory Gicquel, Stoneware Murals, 2016 © Fabrice Gousset
Michel Parmentier, 17 juillet 1989 - 20 février 1990, 2016 © Fabrice Gousset
Gilles Aillaud, Tableaux 1966 - 1976, 2016 © Fabrice Gousset

Artistes

Gilles Aillaud

Virginie Barré

Daniel Dewar & Grégory Gicquel

stone-marquetry-with-body-soap-dispenser-and-taps-ii
Loevenbruck
Daniel Dewar & Grégory Gicquel
Stone Marquetry with Body, Soap Dispenser and Taps II
Marbre, pierre calcaire, granit

80 × 100 × 2 cm
Crédit : Margot Montigny

Alain Declercq

Robert Devriendt

Blaise Drummond

Jean Dupuy

Gaillard & Claude

Arnaud Labelle-Rojoux

Lang / Baumann

Édouard Levé

Philippe Mayaux

Michel Parmentier

Bruno Peinado

Werner Reiterer

Alina Szapocznikow

Børre Sæthre

Thomas Teurlai

Morgane Tschiember