Galeristes

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Ils sont Galeristes

Informations

La galerie est ouverte
du mardi au vendredi de 10h à 19h,
et le samedi de 11h à 19h

14, rue du Perche
Fr – 75003 Paris

Portrait par Daniel Bernard

Certains vissent une plaque de galeriste, façon Lucien de Rubempré. Alexandre Lazarew avait déjà réussi dans la vie, bien avant de jouer les passeurs d’art, à 72 ans. Quant à Laura de Pontcharra, ses études à l'ESSEC Business School ne l'avaient pas détournée de son objectif premier, fusse-t-il moins rémunérateur: travailler au service des artistes. Une décennie après leurs débuts, en cherchant encore où s'asseoir dans leur galerie, on pourrait dire avec un rien d’ironie que ce tandem étonnant a plutôt fait voeu de pauvreté. Mais leur ascèse s’arrête là. Car à défaut de fauteuils, de chaises ou de tabourets, leur espace blanc du Marais est coloré d’art, bien sûr, mais aussi des mots qui claquent de l’un et des rires enthousiastes de l’autre. «Notre style, c’est notre liberté», affirment-ils, comme un seul homme.

Et ils le prouvent! Un artiste pousse la porte, souvent déjà ouverte. «On regarde systématiquement le dossier et on visite presque toujours son atelier, même s’il y a 98% de chance pour qu’on ne travaille pas avec lui», dit-elle. Un badaud se pointe, par hasard, peut-être en quête d’un vêtement de créateur coréen ou sur le chemin d’un bar à vins naturels. Alexandre lâche aussitôt les touches de son clavier électronique —il s’acharne dans l’espoir de jouer Bach— pour l’interroger. «Qu’ils soient savants ou néophytes, ils m'aident à regarder les oeuvres exposées d’une autre façon. Donner des clés, oui, mais pour stimuler l’appropriation», dit-il. Au bout du compte, ce duo amical transgénérationnel ne se plaint pas: «Notre bonne étoile fait bien son métier. À chaque fois que la galerie était en péril, elle nous a apporté les ventes indispensables».

Grandir, ils s’y préparent lentement. Ils se réjouissent, bien sûr, d'accueillir de nouveaux artistes et collectionneurs. Mais ils connaissent trop bien le marché de l’art contemporain tel qu’il fonctionne pour en imiter les codes. Après le choc esthétique, Laura et Alexandre expriment le besoin de nouer un lien de confiance, qui les autorise à se passer parfois de contrats d'exclusivité dûment signés. Le talent ne dispense pas, n'est-ce pas, de la bienveillance. Ainsi entretiennent-ils leur trésor, cette fraîcheur au carré, pour nourrir la curiosité des collectionneurs confirmés, blasés ou en devenir. «L’aventure du galeriste, c’est d’ouvrir la galerie le matin en se demandant: qui va entrer aujourd’hui?». Profession de curieux, en somme.

Quelques expositions conceptuelles récentes les ont confortés dans leur ambition de présenter de préférence des oeuvres qui se passent d’explication. Présenter Sergey Kononov, un jeune peintre ukrainien de 22 ans, puis mûrir avec lui, quel plaisir! Mais le travail sur carton usagé du sexagénaire français Olivier Catté peut les passionner autant que les nouveaux travaux en laine tuftée de la marseillaise Claude Como. Figuration et céramique, ces mal-aimées, sont bienvenues rue du Perche. L’important pour Alexandre Lazarew, c’est une franchise, une intégrité qui suscite cette réflexion entendue d’un collectionneur complice: «Je ne suis pas sûr d’aimer cette oeuvre mais je comprends pourquoi elle vous a plu». Portrait réalisé dans le cadre de Galeristes 2020

Artistes

Olivier Catté

Claude Como

blood-burning-2020
Galerie Lazarew
Claude Como
Blood Burning, 2020
Laine touffetée sur toile

360 × 240 cm

Evrard & Koch

Aharon Gluska

Sergey Kononov

Marchal Mithouard

Louis Oke-Agbo

Rafiy Okefolahan